N’en déplaise à Raymond Devos (1), les haies ont mille vertus : elles protègent du vent, de l’érosion, du ruissellement, préservent la biodiversité ainsi que la qualité de l’eau, en surface comme dans les nappes… Désormais, grâce à la structuration de filières, elles vont aussi permettre de se chauffer grâce aux produits issus de leur taille durable.

En octobre 2017, la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) Énergies renouvelables du Pays de Rance s’est vue remettre le Prix national de l’Économie sociale et solidaire. Depuis une dizaine d’années, la petite entreprise de Pleslin-Trivagou, dans les Côtes-d’Armor, collecte les gisements forestiers issus de la taille responsable des bosquets et des haies pour les utiliser en bois énergie et alimenter ainsi des réseaux de chaleur. En donnant une valeur économique à la haie, les bretons préservent l’environnement. Si au départ ils alimentaient uniquement deux chaufferies communales, ils fournissent désormais près de 3000 tonnes de bois à une dizaine de chaufferies dans un rayon de 30 kilomètres. Et parce qu’écologie rime avec économie, les communes disposent ainsi d’une énergie à 4 centimes d’euros le kilowattheure, contre 8 pour le gaz. Et la Scic ne se contente pas de brûler le bois : elle plante aussi des haies bocagères pour assurer l’avenir de la filière et de la planète.

Exemplaire, cette initiative n’est pas unique. En Bourgogne, en Haute et Basse Normandie, dans l’Orne mais aussi dans l’Ain, en région Rhône-Alpes ou en Provence… des filières se constituent pour valoriser les tailles de haies en bois énergie. Les communes sont de plus en plus nombreuses à protéger leurs haies, au-delà des exigences de la Politique Agricole Commune, en faisant réaliser des inventaires bocagers et en inscrivant les haies et talus dans leurs documents d’urbanisme. Plus question d’arracher les haies. L’ensemble des régions du Grand Ouest réfléchit à la création d’un label « bois bocager » qui permettrait de sécuriser l’ensemble de la filière et de lutter économiquement contre les industriels de la plaquette forestière, avec un bois énergie certifié durable. Et renouvelable.

(1)Comment résister à la tentation de citer ici son somptueux poème ?
Je hais les haies
Qui sont des murs.
Je hais les haies
Et les mûriers
Qui font la haie
Le long des murs.
Je hais les haies
Qui sont de houx.
Je hais les haies
Qu’elles soient de mûres
Qu’elles soient de houx !
Je hais les murs
Qu’ils soient en dur
Qu’ils soient en mou !
Je hais les haies
Qui nous emmurent.
Je hais les murs
Qui sont en nous.

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