Didier Dhume

L’économie circulaire est en marche. Dans la Creuse, du côté de Budelière, Didier Dhume, éleveur, a rassemblé 14 agriculteurs (sur 8 exploitations) autour d’un audacieux projet de méthanisation associé à la production de spiruline, une algue réputée pour ses vertus nutritionnelles.

« Le méthaniseur sera essentiellement alimenté par nos propres apports en fumier. Mais nous nous inscrivons aussi sur un projet de territoire : nous comptons donc récupérer les déchets verts des collectivités, les déchets de céréales dans les silos ainsi que les matières stercoraires (intérieurs de panses des animaux : il s’agit donc de produits végétaux) provenant de l’abattoir de Montluçon pour les valoriser » explique Didier Dhule qui travaille depuis près de quatre ans sur ce projet, avec l’appui du bureau d’études Opale Energies Naturelles.

SCHEMA OPALE

Le plan est simple et vertueux dans tous ses aspects : transformer les déchets en chaleur pour alimenter des serres destinés à la culture de la spiruline ainsi que des séchoirs à fourrage et à céréales ; produire de l’électricité à partir du biométhane par la cogénération et la revendre à ERDF ; recycler les déchets verts des communes (tonte de pelouse et déchets ligneux) et des exploitations voisines (poussières de céréales, balle, coques, tiges, enveloppes, rafles de maïs…) et enfin disposer d’un compost de qualité.
L’usine, d’une puissance de 330 kilowatts, devrait produire l’équivalent de la consommation de 1000 foyers, soit 2,6 gigawatts par an.

Vaches limousines

Non seulement nos agriculteurs deviennent ainsi des producteurs d’électricité verte, mais ils protègent l’environnement.
Le fumier ne menace plus les nappes d’eau souterraines car il est méthanisé, et les agriculteurs disposent d’un engrais naturel de qualité qui réduit l’apport d’azote. Enfin, la spiruline dont la culture est rendue possible par la récupération de la chaleur, offre un nouveau débouché sur un marché porteur. La spiruline, généralement importée, est vendue, au détail, aux alentours de 100 €/kilo. « On envisage une production de 1000 à 1300 kilos par an dans des bassins de 1000-1200 m2, alimentés par l’eau d’une source locale que nous porterons à une trentaine de degrés grâce à la chaleur fatale développée par la cogénération », explique Didier Dhume.

Effet NIMBY (« Not In My BackYard », c’est à dire « pas chez moi ») oblige, le projet ne fait pas l’unanimité. A Saget, les riverains se préoccupent de cette petite révolution verte et redoutent un ballet de camions et de tracteurs devant leurs portails… Mais Didier et ses collègues ne désarment pas et tentent de convaincre les plus rétifs. Ils ont déjà obtenu le soutien financier de l’Ademe et de la région Limousin. Et viennent de décrocher, le 23 janvier 2015, leur permis de construire.

« Si nous arrivons à surmonter l’opposition, nous devrions pouvoir faire tourner le méthaniseur à l’automne 2015 », confie Didier, qui compte sur 6 mois de travaux.

On ne peut lui souhaiter que de réussir. Après tout, quoi de plus remarquable que de transformer le fumier en or ?

Photo de Une : © Manuel Caillaud / La Montagne, schema : © Opale Energies Naturelles, vaches : © Label Viande Limousine.

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