Azza Faiad 18 ans

Azza Abdel Hamid Faiad va transformer notre avenir énergétique. En 2011, à l’âge de 16 ans, cette jeune égyptienne a été distinguée par un prix décerné par l’Union Européenne. Son innovation ? Un procédé de production d’hydrocarbure par craquage catalytique de déchets de polyéthylène. En clair, la jeune égyptienne a trouvé le moyen de produire du biocarburant à partir de détritus de plastique !

Interview exclusive de la jeune femme de 18 ans.

-Peux-tu nous décrire simplement en quoi consiste ton procédé et à quoi il sert ?
Il s’agit du craquage catalytique. Ce procédé utilise la bentonite calcique, une forme d’argile, pour dégrader les déchets plastiques en gaz tels que le méthane, le propane et l’éthane. Ces gaz carbonés peuvent être utilisés pour produire des combustibles tels que le gaz naturel, le butane, le propane et l’éthanol.
Le recyclage des plastiques en les dégradant à haute température n’a rien de nouveau, mais le type de catalyseur que je propose permet au processus de se réaliser à des températures inférieures, sans émission de gaz toxiques et avec moins de risque. Ce qui permet d’économiser de l’énergie et de l’argent.

-Comment as-tu eu, à seulement 16 ans, une telle idée ? Quel est ton environnement familial ?
Un jour, dans un taxi, je me suis retrouvée immobilisée plus d’une heure dans un embouteillage. Quand je me suis renseignée sur la cause de ce bouchon, le chauffeur m’a répondu que c’était à cause de la présence de la station-service. Je me suis demandé pourquoi une pompe à essence pouvait provoquer une telle affluence.
Ce jour-là j’ai réalisé l’ampleur de « la crise énergétique ». Cette prise de conscience s’est accrue quand les prix du pétrole ont atteint 150 $ du barril. Comme ces prix ne vont pas se mettre à baisser, il était évident qu’il fallait une solution. A la même période je cherchais une idée pour participer à la fête nationale de la science de 2011. Il m’a fallu quatre mois de recherche pour comprendre les fondamentaux du craquage catalytique. Avec l’aide de mon tuteur, le Dr. Tarek Fahmy j’ai pu définir un protocole expérimental pour déterminer la pertinence du procédé.
Mes parents n’ont rien à voir avec la chimie ou les questions environnementales. Mon père est diplômé d’une école de commerce et ma mère termine actuellement un doctorat en sciences politiques…

-Que représente pour toi le prix décerné par l’Union Européenne ? As-tu reçu d’autres soutiens ?
Recevoir le prix EFDA-JET (prix de l’Accord européen pour le développement de la fusion) pour ma première participation à une compétition scientifique internationale a été une de mes expériences les plus marquantes et les plus motivantes à ce jour. Etre la première Egyptienne à recevoir cette distinction revêt à mes yeux une importance particulière. J’ai aussi reçu le soutien d’éminents professeurs de l’Institut Egyptien de recherches sur le pétrole, sur le plan académique mais aussi financier. Mener mes expériences et mes analyses dans leurs laboratoires fut déterminant pour pouvoir présenter un projet abouti à des compétitions de niveau national et international. J’ai aussi bénéficié de l’appui du programme national de Recherches&Développement pour exposer mes travaux au sein de la communauté scientifique. Ce programme a également financé ma présence aux forums de l’Union Européenne où j’ai présenté mon projet.

Azza Faiad 16 ans

-En quoi cela a-t-il changé ta vie ?
Ce prix représente le premier pas d’une longue recherche. Sans conteste, cela aussi été le plus beau jour de ma vie. Cependant, en poursuivant mes travaux, j’ai réalisé qu’une telle victoire ne rendait pas compte de la passion nécessaire à la recherche. Ce qui motive celle-ci c’est au contraire de travailler avec peu de moyens, sans la moindre exposition, mais en continuant inlassablement à accomplir les travaux de laboratoire. Gagner fait du bien, mais arriver au terme de la mystérieuse odyssée de la recherche est fantastique ! C’est ce qui forge l’esprit et la personnalité d’un vrai scientifique.

-Penses-tu qu’un jour les voitures rouleront grâce aux déchets de plastique ?
Je pense que ce procédé de craquage sera mis en œuvre, simplement parce que le monde a besoin de s’assurer un avenir, ce que permettent les sources d’énergies durables. Un jour, industrie et université travailleront ensemble à transformer de tels projets de recherche en véritables sites de productions industriels.

-Quels sont tes plans d’avenir ?
Je termine actuellement mes études secondaires et suis en train de décider vers quelles universités m’orienter. Je suis certaine de vouloir étudier l’ingénierie environnementale pour poursuivre mon projet de recherche. Je souhaite aussi assurer sa mise en œuvre en veillant à son développement que ce soit en laboratoire ou au niveau entrepreneurial.

-Est-il difficile d’émerger quant on est une jeune scientifique égyptienne ?
Ce qui est difficile ce n’est ni d’être jeune ni d’être une femme : c’est d’être un chercheur en Egypte. Parce qu’ici chacun lutte pour obtenir le moindre équipement afin de s’en servir au mieux pour atteindre des résultats qui puissent être reconnus. Je pense qu’un des grands atouts de mon projet était de pouvoir tirer le meilleur parti des infrastructures existantes en recourant à moins d’énergie pour tirer le maximum de ressources des déchets. C’est parfois décourageant lorsqu’on se heurte à des personnes qui refusent de vous aider ou cherchent à vous barrer la route, mais les vrais scientifiques finissent toujours par trouver les bonnes personnes et les bons endroits et parvenir à leurs fins. Etre un chercheur en Egypte m’a fait aller de l’avant et m’a donné l’opportunité d’apprendre et de vivre comme une véritable scientifique.

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