Acheter une centrale hydroélectrique, c’est possible, y compris pour les particuliers ! Antoine Guibert, gérant de la société Envinergy Transactions, nous éclaire sur l’état de ce marché pérenne et nous révèle ses conseils pour acheter intelligemment.

FLPA : Quel est le marché des centrales hydroélectriques françaises, actuellement ?
Antoine Guibert : Il existe en France environ 1800 centrales, dont près de 1300 appartiennent à des particuliers. Chaque année, on estime que 30 à 40 sont vendues. Nous en avons nous-mêmes vendu 20 l’an passé et pensons que le nombre de ventes sera légèrement supérieur en 2012, en raison de la fin du contrat EDF H97-07 prévu en octobre prochain. Ce contrat fixait une obligation d’achat de l’électricité produite par EDF. Après 2012, les propriétaires de centrales devront vendre sur le marché libre, ou au travers d’un nouveau contrat d’obligation d’achat avec EDF, le H07 .

Des particuliers sont-ils susceptibles d’acheter une centrale hydroélectrique ?
A.G : Bien sûr, nos clients sont divers et nous travaillons aussi bien avec les grands énergéticiens européens qu’avec les particuliers. Les centrales sont elles aussi de dimensions variables puisque cela va de petites centrales de 150 kW à de grandes installations de 7 MW. La fourchette de prix varie donc entre 200 000€ et 20 millions d’euros.
Dans de nombreux cas, les particuliers qui investissent sont issus de familles où l’on a possédé un moulin dans le passé, avec des ancêtres papetiers, par exemple. Il y a un attachement qui encourage à investir dans l’hydroélectrique plutôt qu’en bourse. 60% des centrales vendues ont une puissance inférieure à 1 MW.

Est-ce un achat rentable ?
A.G :
Une centrale s’amortit au bout de 12 ou 13 ans. De plus, on est dans la pierre, on devient propriétaire d’une installation durable. Il s’agit souvent d’un placement patrimonial car les turbines peuvent fonctionner une centaine d’années. L’enquête de la Cour des Comptes réalisée dernièrement montre aussi que le coût de production du mégawattheure nucléaire est de 49,50€, contre 63€ en moyenne pour la petite hydroélectricité, d’où l’intérêt pour cette énergie renouvelable non subventionnée (600€ pour le MWh solaire en 2009).

Existe-t-il des subventions ?
A.G :
Non, il s’agit d’un petit marché qui existe depuis 1880 et qui n’a pas besoin d’être encouragé, précisément car il est rentable. Pour un vendeur, cinquante acheteurs se présentent et la vente se fait en quelques semaines ! Seule l’ADEME finance les études de faisabilité, pour évaluer les frais de remise en service, à hauteur de 70%.

Quels sont les critères à vérifier avant de se lancer dans un tel achat ?
A.G :
Il est d’abord essentiel de vérifier l’aspect juridique et administratif. Le « droit d’eau » est indispensable : il peut être fondé en titre – pour les anciens moulins avant 1789, délivré par autorisation préfectorale pour 30 ou 40 ans, ou faire l’objet d’une concession. Le second point important est la maîtrise foncière, puis l’état technique (génie civil, turbines, etc.) et enfin l’efficacité de la centrale, c’est-à-dire son rendement et les possibilités d’optimisation.
Les acheteurs choisissent également en fonction de la proximité géographique avec leur domicile, la régularité de la rivière et la solution de vente de l’électricité. Le contrat EDF H97-07 s’arrête bientôt, mais si l’on rénove sa centrale à hauteur de 1000€/kW, on peut bénéficier d’un contrat H07 avec lequel il sera toujours possible de vendre son électricité à EDF. Ce peut être une solution intéressante, surtout si la centrale demande une rénovation.

Pour aller plus loin : Envinergy Transactions
Crédit photo – Antoine Guibert

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