La révolution des pluviales

Pendant longtemps en France, on a négligé les eaux de pluie. On laissait la nature s’en occuper et quand la pluie avait la mauvaise idée de tomber sur des zones urbanisées, on se contentait de l’envoyer dans le réseau d’égout. « Cette pratique surcharge les réseaux d’assainissements et les stations d’épurations qui débordent, provoquent des inondations et déversent leurs effluents dans le milieu naturel » déplore Maëlle Mullier-Ancelle chargée de mission à l’Adopta, une association qui depuis 1997 s’efforce d’optimiser la gestion de l’eau de pluie à Douai, dans le Nord-Pas de Calais.

« Notre association est née des inondations provoquées par les orages. Le constat de départ était simple : si on n’arrive pas à gérer l’eau dans les tuyaux il faut éviter de la mettre dans le tuyau ! Ainsi, pour limiter les risques d’inondations, recharger les nappes phréatiques et ne pas dégrader l’état écologique, on dispose aujourd’hui d’une véritable boite à outils de techniques alternatives qui permettent à l’eau de pluie de s’infiltrer dans les sols au lieu de ruisseler vers les égouts » explique Maëlle dont l’association dispense également des formations.
L’expertise de l’Adopta est reconnue au niveau national et même au-delà de nos frontières. A Douai, un show room présente les équipements habituellement enterrés qui permettent de bien gérer la ressource céleste : puits d’infiltrations, tranchées drainantes, chaussées réservoirs… Des techniques à l’œuvre à Douai même où 23% de la surface des voiries communales en bénéficient déjà. Et qui s’étendent désormais à la région toute entière, et bientôt à tout le pays.


Comme on le voit sur la photo ci-dessus, la gare d’Albert, a su profiter de cette expertise.

Désormais en Artois Picardie, le Schéma directeur d’aménagement de la gestion des eaux , un document qui s’impose à tout programme d’urbanisme, ne tolère plus, sauf cas exceptionnel, de rejets d’eau de pluie en sortie de parcelle. Et cette région n’est pas la seule concernée…
En clair, précise Philippe Bonneau de l’Agence de l’eau Artois-Picardie « la règle est l’absorption de l’eau de pluie par les sols ».
Pour y parvenir, les communes pourront, à l’échelle nationale, prélever une taxe, d’un montant pouvant s’élever à 1 € du m², sur les surfaces imperméabilisés. C’est ce que prévoit l’article 48 de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006 dont le décret d’application devrait être publié dans le courant de l’année, amorçant une véritable révolution dans la gestion de l’eau de pluie. « En outre, note Philippe Bonneau, cette nouvelle taxe appliquera le principe du pollueur-payeur puisque les montants perçus au titre de la taxe sur les eaux pluviales serviront à financer les aménagements nécessaires ! ». Reste à savoir si les communes se taxeront elles-mêmes pour leurs surfaces de voirie imperméabilisée…

Noue en dalles-gazon et en dalles-pavés - Résidence des Peupliers à ROUVROY (62)

Tout cela paraît abstrait ? Concrètement, l’herbe va envahir les parkings. Les centres commerciaux remplaceront le bitume par de la prairie. Partout les chaussées verdiront. Des bassins, des étangs, des fontaines renaîtront, l’eau coulera dans les rivières… Une petite révolution hydraulique se dessine, qui va changer la face de nos villes, de nos parkings et de nos cours d’eau !

Pour en savoir plus : un article de wikipedia sur la question.

Crédits photo :
-Photo d’ouverture : Ushuaïa.com
-Pluviométrie en France, cumul annuel 1990, par Météo France
-Gare d’Albert, (c) ville d’Albert, extrait de la fiche de cas n°6 de l’ADOPTA
-Noue en dalles-gazon et en dalles-pavés – Résidence des Peupliers à ROUVROY (62), (c) ADOPTA.

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