Le jour où l’eau reviendra !

Janvier 2011, les fortes précipitations et les chutes de neige ont créé les conditions idéales pour faire monter le niveau du fleuve parisien. Rien d’alarmant cependant, si ce n’est un blocage partiel des bateaux-mouches dans l’impossibilité de passer sous les ponts de la capitale.

Pourtant, voilà 101 ans exactement, Paris vivait une des plus fortes crues de son histoire; celle, en tous cas, qui fit le plus de dégats : la crue centenale de 1910 qui vit une élévation des eaux de 8,62m. Dans le vocabulaire des catastrophes naturelles, la crue centenale a une probabilité d’occurence tous les siècles, sans pour autant être obligatoire. Autrement dit, la probabilité que son débit soit atteint ou dépassé est chaque année de 1/100.

Cette crue ne fut pourtant pas la plus importante de l’histoire de la capitale. En février 1658, la hauteur des eaux atteignait 8,96 m, soit un peu plus de 30 cm que celle de 1910. Et pourtant, en 1658 la Seine disposait d’une part de vastes espaces pour se répandre et d’autre part de moins de ponts faisant barrage. Cela signifie que si une crue de volume identique à celle de 1658 se reproduisait, le niveau pourrait être encore plus élevé de nos jours, malgré les 4 barrages installés en amont.

Mère Nature étant plus forte que tout type d’urbanisation, il est certain qu’un jour, le niveau de la Seine remontera a son niveau de 1910, voire, le dépassera !

Les Parisiens mesurent les niveaux de crue à la hauteur de l’eau sur le zouave du pont de l’Alma :

Ce fut en 1910 une véritable crise qui paralysa la ville pendant près de 2 mois. Plus d’électricité, plus de gaz (qui alimentait les réverbères), plus de téléphone, plus de chauffage, plus d’eau potable. Pour réamorcer la reprise du travail, les députés se rendent à l’assemblée nationale en barque !

Et pourtant, Paris était censée être préparée à un tel risque. En effet, pour résoudre les grands problèmes d’adduction d’eau et des égouts, Haussmann s’ était appuyé sur un ingénieur : Eugène Belgrand, qui étudia les crues en région Parisienne, et définit un double système de défense pour protéger Paris des crues. Le Paris sous-terrain disposait d’un plan Belgrand : une double muraille canalisant le fleuve dans toute la traversée de la ville et une séparation totale du fleuve et des autres systèmes de canalisation et d’égouts.

Des travaux furent entrepris pour surélever les quais et les parapets. Le réseau d’égouts fut dirigé sur Asnières. Ces travaux de l’époque Haussmannienne sont assez méconnus mais n’en sont pas moins importants. Et pourtant, ils furent insuffisant, car le moindre défaut dans le plan (hauteur de quai, etc) permit à l’eau de s’infiltrer, notamment dans les couloir du métro, et de paralyser ainsi tous les déplacements.

Les dégats à l’époque furent importants, autant à Paris (20 000 immeubles inondés) qu’en banlieue (30 000 maisons sinistrées), et la facture de l’époque pour la département de la Seine est estimée à plus de 7 milliards de francs.

Les dernières et récentes fortes crues dans les grandes villes d’Europe ont montré des niveaux exceptionnels, ce qui a poussé la capitale à envisager des scénarii catastrophe. Ils sont au nombre de 11 , classés confidentiels et décrivent le type de catastrophe qui pourrait arriver. Selon la préfecture, 85 000 personnes seront directement touchées et 508 communes seront sous les eaux. Si les pouvoirs publics sont sensibilisés, les particuliers propriétaires, les riverains ignorent ce risque.

Selon Pascal Popelin (président du conseil d’administration des grands lacs – barrages qui protègent l’amont de Paris – et auteur d’un livre d’anticipation : Le jour où l’eau reviendra) :  « c’est le syndrome de ‘cela n’arrive qu’aux autres’ , alors que si la crue survient, sans faire de catastrophisme, ce sera pire que lors des grandes grèves. D’autant que le sous-sol parisien est un gruyère et que l’on ne peut prédire par où l’eau s’infiltrera« .

Un article du JDD sur les conséquences d’un tel évènement évoque ainsi que 5 millions de franciliens redécouvriront le temps d’une semaine l’éclairage à la bougie, ressortiront les postes de radio à pile des placards, tenteront de sauver leurs voitures en les garant aux bois de Boulogne et de Vincennes. Dix mille soldats seraient réquisitionnés pour le « Plan Neptune », les vendeurs de bottes de toute la France seraient en rupture de stock, et la capitale ressortirait groggy de cet épisode !

++ Images de la crue de 1910 (par géolocalisation)

++ Article sur le JDD : Quand la Seine débordera

++Site dédié à la crue de 1910

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