De l’électricité sous la glace

Près de Chamonix, dans le site classé du Mont Blanc, la Mer de glace est un prodige de la nature. Le plus grand des glaciers français fait 12 kilomètres de long, 40 km² de surface et atteint jusqu’à 400 mètres d’épaisseur. Chaque printemps, à la fonte des neiges, il libère des torrents d’eau.
Une énergie qu’EDF a décidé de capter dès la fin des années 50. Les travaux commencent en 1970. L’installation est composée d’un captage sous-glaciaire, d’une prise d’eau souterraine, d’une galerie d’amenée de 2 kilomètres et d’un puits vertical de 291 mètres, et enfin de la centrale souterraine équipée d’un groupe de production. En clair, un torrent est capté sous la glace, dérivé dans une galerie sous le glacier, où, après être débarrassée des blocs de pierre qu’elle charrie, son eau est envoyée vers une centrale hydroélectrique souterraine où elle est turbinée. En 1973, cet aménagement très particulier est mis en service.
Avec une puissance installée de 42 MW, il produit désormais 113 millions de kWh d’énergie 100% renouvelable, soit la consommation de 50 000 habitants.

Souci majeur, ce glacier, comme tous les glaciers, bouge constamment. Depuis dix ans son recul s’est nettement accéléré (entre 2003 et 2005, le glacier a reculé d’environ 30 mètres par an), obligeant EDF à déplacer le captage sous-glaciaire qui risque de se retrouver à découvert et donc à la merci des effondrements rocheux qui accompagnent les phases de gel et de dégel…
Toute la difficulté de ce type d’ouvrage est là : comment exploiter durablement un glacier continuellement en mouvement ?

Patrick Divoux, pilote pour EDF le déplacement du captage sous le glacier : «travailler sous un glacier représente quelques contraintes : on ne peut accéder sous la glace qu’en hiver, lorsque les débits d’eau sont faibles. De l’ordre de 1m3 par seconde, ils passent à 25m3/seconde en été. De plus les galeries creusées dans la glace se referment de 20 à 25 centimètres par jour…». EDF, qui avait anticipé le recul du glacier a d’ores et déjà mis en route, en 2009, un captage provisoire, 120 mètres en amont du captage d’origine aujourd’hui enseveli, afin de maintenir la production électrique. L’enjeu est désormais de forer plus haut, afin de mettre en place d’ici le printemps 2011, un captage suffisamment loin sous la glace pour pérenniser la production d’énergie 100% renouvelable pendant au moins 20 ans ! «Selon nos études, le glacier va continuer à reculer, de 600 à 900 mètres d’ici 2028» précise Patrick Divoux, «mais après ça, difficile de prévoir ce qui va arriver. L’idéal serait que le glacier se remette à avancer !»

En savoir plus avec le dossier de presse d’EDF

Crédits photo :
Médiathèque EDF – Pascal Tournaire

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