Près de 45% de l’électricité provient des EnR et de l’éolien.

L’essor spectaculaire des énergies renouvelables et en particulier de l’éolien au Portugal, n’a rien de miraculeux. Il repose sur une volonté politique et sur une stratégie intelligemment structurée de développement et de complémentarité des filières. C’est le gouvernement de José Socrates (ingénieur de formation) qui, dès 2005, dans le cadre du Plano Tecnológico a procédé à l’acte fondateur : la restructuration et la privatisation des services publics de l’énergie. Particulièrement zélé en matière de développement des énergies renouvelables, ce gouvernement a fait passer – de sa propre initiative – l’objectif fixé par le Protocole de Kyoto de 39% à 45% en ce qui concerne les sources renouvelables dans la production d’électricité. Fortes de tels objectifs, les autorités gouvernementales ont proposé aux entreprises privées des contrats particulièrement attractifs fixant un prix stable de l’électricité sur 15 ans, variable selon la technologie concernée et devenant dégressif à chaque renouvellement de contrat. Puis le gouvernement a parachevé ce dispositif attrayant en permettant à chaque consommateur portugais de devenir un producteur potentiel, la législation garantissant en effet à chaque citoyen le droit de se connecter au réseau et de devenir producteur d’électricité dans la limite de 6,68 kW pour les installations individuelles.
L’ensemble de ces dispositions, appuyées par un assouplissement général des démarches juridiques en matière d’implantation, a permis de faire baisser rapidement le chiffre faramineux de 50 % du déficit commercial portugais du aux importations de combustible fossiles. C’est dans le domaine de l’éolien que les résultats ont été le plus rapidement visibles, puisque dès 2007, le Portugal produisait, selon l’EWEA 9,7% de toute son électricité à partir de l’éolien, occupant ainsi la troisième place européenne derrière le Danemark (21,8%) et l’Espagne (11, 8%). La seule mise en service du parc éolien terrestre de Ventominho d’une capacité de 240 MW, obtenus grâce à 120 turbines Enercon de 2 MW, a suffit à placer le pays au second rang européen.

Mais ce qui fait l’intérêt et la particularité de l’utilisation de l’éolien terrestre au Portugal c’est son couplage avec l’énergie hydro-électrique, appelée à la rescousse, lorsque le vent ne souffle pas. On sait en effet qu’à la différence de l’éolien en mer qui bénéficie de vents constants, l’éolien terrestre doit subir de longues périodes d’acalmie. L’idée de faire tourner les turbines privées de vent, grâce à l’énergie émise par une centrale hydraulique plutôt que par une centrale polluante au fuel ou au gaz, comme c’est souvent le cas ailleurs en Europe, fait définitivement de l’éolien terrestre portugais une énergie propre, qu’elle fonctionne avec ou sans vent. Ce couplage a été rendu possible grâce à l’ingénierie du français Alstom,sur un premier site au sud-est de Lisbonne avec une centrale couplée éolien et hydro-électrique d’une capacité de 260 MW qui alimente 175 000 foyers. Depuis lors, d’autres projets sont en cours de réalisation.

Devant ces succès, dès 2008, le distributeur d’électricité EDP Renováveis est entré en bourse. Il est devenu numéro trois mondial de la production d’électricité éolienne dans un pays au potentiel éolien relativement modeste puisqu’il est estimé entre 7000 et 7500 MW. Et encore faut-il inclure dans ce chiffre l’éolien offshore qui, lorsque les deux projets (Branca et Windfloat) en cours seront achevés, totalisera pour sa part une capacité de 451 MW, obtenue, là encore, grâce à la technologie innovante des éoliennes flottantes (en l’occurrence Blue H et Principle Power.)
En complément de l’éolien, de l’hydraulique et du solaire, il faut aussi rappeler que le Portugal s’est engagé très tôt dans une politique de développement des énergies renouvelables marines, en simplifiant les procédures juridiques d’accès au domaine maritime national. Le premier acte fondateur fut l’implantation sur le site d’Agaçadoura des 3 premiers prototypes de récupérateurs houlomoteurs Pelamis Wave d’une capacité nominale de 2,25kW.

L’expérience portugaise dans le domaine des énergies renouvelables tous genres confondus est donc un succès. Mais comme tout succès, il ne fait pas que des heureux. Ainsi le projet du gouvernement portugais de doubler la capacité de production éolienne fait face à l’opposition virulente des associations écologiques au motif de perturbations des conditions de la vie ornithologique. Quand au développement de la capacité hydro-électrique : c’est l’habitat des chênes-lièges qu’il menacerait. Du point de vue économique l’argument le plus percutant en défaveur de l’implantation à grande vitesse des énergies renouvelables dans le pays, vient des entreprises locales. Elles déplorent que le gouvernement ait donné toute latitude aux multinationales, fortes de leur écrasante avance technologique, au détriment des entreprises locales. Enfin, les agriculteurs et les acteurs de l’industrie touristique ne voient pas non plus d’un très bon œil, l’implantation de parcs éoliens là où des paysages idylliques s’offraient pour une bouchée de pain à la convoitise des promoteurs.
Au Portugal comme ailleurs, on le voit, le caractère vital de la nécessité à passer à l’exploitation des énergies renouvelables n’a pas encore trouvé tout l’écho souhaité dans le public, mais cela n’empêche en rien le gouvernement de tenir ses objectifs et même, comme on a pu le constater, de les devancer.

En savoir plus
Un article sur Press Europe,
Un autre sur l’éolien dans l’Express,
Un bilan de l’éolien offshore portugais.

Crédit photos : (c) Philippe POULAIN

Posts similaires:

Be Sociable, Share!