Les piscines rivalisent d’ingéniosité pour chauffer l’eau.

La majorité des piscines municipales affichent une cinquantaine d’années au compteur. Elles ont été construites dans les années 1960, lorsque l’on a voulu équiper le plus rapidement possible le territoire, avec une seule idée en tête : bâtir le minimum nécessaire pour une pratique sportive. Aujourd’hui, ces piscines sont bien souvent en fin de vie, doivent être rénovées voire fermées et reconstruites. Avec une nouvelle idée en tête : s’inscrire dans une démarche de développement durable et faire preuve d’ingéniosité pour chauffer l’eau des bassins, notamment.

Tour d’horizon en trois exemples.

Plongeon chez les Helvètes, tout d’abord, où la piscine d’Uitikon, un village près de Zurich, est chauffée grâce à un datacenter ! Avec des dizaines d’ordinateurs qui tournent, les centres de stockages de données sont de gargantuesques consommateurs d’énergie, qui dégagent une chaleur telle qu’il faut installer des systèmes de climatisation encore plus énergivores… Pour mettre fin à ce cercle vicieux, IBM a voulu récupérer la chaleur perdue du datacenter d’un de ses clients pour chauffer la piscine publique.
Le système utilise du gaz fréon pour récupérer la chaleur du circuit de refroidissement des machines, puis le gaz cède sa chaleur à l’eau d’un circuit fermé reliant le datacenter à la piscine. L’établissement reçoit ainsi un flux continu d’eau à 56 °C qui lui permet de maintenir les eaux des deux bassins à une température constante de 30 °C. Cela permettrait à la commune d’économiser quelque 5 000 litres de fioul, soit 130 tonnes de CO2.

À Levallois-Perret, ce sont les eaux chaudes usées — celles qui partent dans les canalisations après votre douche, l’utilisation du lave-vaisselle ou du lave-linge, par exemple — qui maintiennent à la bonne température la piscine municipale. Les eaux usées ont une température variant entre 13 et 20 °C, ce qui représente un nombre non négligeable de calories qui pourraient être récupérées. La Lyonnaise des Eaux, avec la commune, a ainsi installé un échangeur de chaleur de 80 m, sur le réseau d’eaux usées proche du centre aquatique. Les calories sont ensuite transportées par un fluide caloporteur jusqu’à une pompe à chaleur électrique installée dans la chaufferie de la piscine. Le système — de son petit nom Degrés bleus, breveté — permet à la ville de diminuer de 24 % sa consommation en énergie liée au chauffage du centre aquatique et réduit de 66 % ses émissions de gaz à effet de serre.

Dernier « plouf » à Paris, dans la toute récente piscine Alfred Nakache située rue Dénoyez (!) dans le 20e arrondissement. L’équipement a décroché le label HQE avec une réflexion globale sur l’ensemble du complexe. Puisque c’est souvent là que le bât blesse et que la facture environnementale se fait lourde, les concepteurs ont d’abord travaillé sur les économies d’énergie et les énergies renouvelables : inertie du bâtiment renforcée par une isolation intérieure et extérieure, orientation des ouvertures et éclairage naturel autant que possible, ventilation double flux, panneaux solaires thermiques pour les douches, et chauffage assuré par un réseau de chaleur venant de l’incinérateur de déchets ménagers voisin. Avec en sus un traitement de l’eau à l’ozone pour se passer de chlore dans les bassins en inox.

De quoi buller ou faire des longueurs sans alourdir notre empreinte écologique !

Pour aller plus loin :

- Énergivores datacenters, sur Les Échos

- Se chauffer aux eaux usées

Crédits photos : © Gérard Sanz/Mairie de Paris, Mairie Levallois-Perret.

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