L’hydraulique au service des fontaines

Quand il décide d’élever un château avec jardins, bassins et fontaines pour témoigner de sa gloire, Louis XIV ne choisit pas le site idéal. Dans ses mémoires le duc de Saint Simon décrit Versailles comme « le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux, sans vue, sans bois, sans eau… ». Pour pallier au manque de ressources, le jardinier André Le Nôtre et les fontainiers Francini vont devoir rivaliser d’ingéniosité hydraulique.

Le premier défi a consisté à drainer et assainir ce terrain marécageux. D’où la création de la pièce d’eau des Suisses puis du Grand Canal. Paradoxalement, du fait de sa position dominante sur la plaine, l’alimentation en eau du Château a toujours été un problème. Pas moins du tiers du coût total du château y a été consacré. Le paysage en garde encore la marque, constellé d’étangs reliés entre eux et chargés de faire affluer au Château l’eau des pluies, au moyen d’aqueducs ou de simples rigoles. Toutes les rivières alentours sont mises à contribution et pour puiser dans la Seine, les ingénieurs du roi font construire un monstre hydraulique : la Machine de Marly, 14 roues de 21 mètres de diamètre, trois étages de pompes et de réservoirs… Son entretien réclame la présence constante de 50 ouvriers et son vacarme rend son voisinage inhabitable. Son débit n’atteindra jamais les volumes escomptés et elle sera détruite en 1817… L’eau de pluie, drainée par les réseaux d’étangs et rigoles s’avèrera plus fiable.
Si fiable en fait, que c’est toujours elle qui alimente les fontaines, et fait jaillir, par simple gravité, des jets jusqu’à 25 mètres de haut. L’eau stockée en hauteur est simplement libérée des réservoirs et jaillit dans les bouquets et les fontaines sans le secours de pompes ou de moteurs…

Si la partie supérieure du réseau n’a pas survécu à l’urbanisation, sa partie basse, sur le plateau de Saclay, est en voie de restauration. Mais alors même que ces longs travaux sont loin d’être achevés, Gilles Bultez, le chef fontainier, est formel : « nous n’utilisons pas l’eau du réseau urbain, mais uniquement celle du Grand Canal, alimenté, comme autrefois par l’eau de pluie ». Une seule modification par rapport au siècle des Lumières, c’est désormais une pompe électrique qui remonte les eaux dans le réservoir voisin de Montbauron. Et s’il ne pleut pas assez ? « Si le niveau d’eau du grand Canal est trop bas, nous nous alimentons avec le bassin des Suisses » répond notre fontainier, qui précise : « Nous continuons à gérer la ressource avec économie. C’est ce qui nous a conduits à réaliser l’été dernier une canalisation pour collecter dans le canal les eaux de pluie sur deux hectares de toitures ».
Car contrairement à ce qu’on pourrait croire en regardant jaillir les fontaines, à Versailles, l’eau est précieuse !

Pour aller plus loin : une chronologie des travaux hydrauliques à Versailles, le site des Grandes Eaux et celui du château.

Crédits photos : Les Grandes Eaux Musicales, (c) JCNDiayeGENCharApollon et (c)JdeGivryGEN3fontaines

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