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Une petite commune de Savoie proclammée Ville Lumière en 1885 !

Le 16 décembre 1885, le Figaro écrivait dans ses colonnes : « Ce n’est ni Paris, ni Londres, ni Berlin, ni Moscou, ni rien de semblable. C’est une toute petite cité savoyarde, à dix lieues du Mont-Blanc; ce n’est même pas un chef-lieu d’arrondissement, c’est un chef-lieu de canton répondant au nom de La Roche. Connaissez-vous La Roche ? La Roche-sur-Foron en Haute Savoie? Non. Eh  bien cette ville que je tiens à qualifier de Ville-Lumière, vient de décréter, la première en Europe, l’éclairage électrique dans ses rues, sur ses places, ses monuments et dans ses maisons« .

Il est ainsi des histoires étonnantes, où de petites communes sont pionnières en matière d’innovations. Nous en avions déjà vu l’exemple avec Chaudes Aigues, première commune à installer un réseau de chauffage collectif. Cette fois, c’est au tour de La Roche-sur-Foron, commune savoyarde, d’être à l’honneur !

A l’époque, l’électricité était une inconnue, l’éclairage étant assuré par des bougies ou des lampes à pétrole. Les Rochois, pestent depuis de longues années contre l’éclairage au pétrole, qu’ils ont cependant à bon marché (25 centimes par litre), ils entament en 1878 des pourparlers avec un ingénieur de Paris pour faire installer à La Roche une usine à gaz (moyen à l’époque envisagé le plus fréquemment pour l’éclairage). Le projet s’avère cependant un gouffre financier pour cette commune de montagnards ! Il est donc avorté.

Quatre ans s’étaient écoulés, lorsqu’un printemps, un mécanicien de Bellegarde, Mr Sansoube vient à la Roche, s’éprend du site et lie connaissance avec les principaux élus dont un adjoint qui lui conte les déboires de l’éclairage projeté.

Mr Sansoube, qui s’est occupé par ailleurs occupé de l’électricité à Bellegarde, où quelques usines et la gare du P.L.M. ont la « lumière nouvelle », saisit la perche et décrète que La Roche doit adopter l’électricité pour l’éclairage de ses rues, et aussi de ses boutiques, de ses magasins. L’ingénieur conçoit donc un système électrique où il innove surtout par sa manière de faire payer « le courant ». En effet, autant il est simple d’avoir un compteur quand la lumière est « à gaz », autant il est difficile à l’époque de savoir qui consomme quoi sur l’électrique !

Désespérant d’arriver à un calcul quotidien sérieux, l’ingénieur et le Conseil Municipal Rochois s’entendent sur les bases suivantes : éclairage de la ville pendant toute la nuit, sans interruption, sans tenir compte des clairs de lune, pendant toute l’année, de 16h à 7h du matin en hiver, et l’été, aux heures fixées par un tableau affiché à la mairie, le tout pour une somme de trois mille francs par an, payée par la ville à l’entrepreneur, en douze fractions mensuelles. Le contrat de la ville avec Mr Sansoube est fait pour quarante ans. Il concède à l’entrepreneur le monopole de l’éclairage public, et lui fixe un tarif pour l’éclairage privé. Ce modèle servira ensuite pour de nombreuses petites communes !

pierre electrique

Mais l’entrepreneur ne s’y retrouvait pas financièrement, il lui fallait mettre sa lumière chez les particuliers ! Il se livra alors à une série de démarches personnelles, expliquant à chacun des habitants de la petite ville savoyarde les avantages de la lumière électrique sur le pétrole. Chose remarquable, pas un de ces montagnards ne se moqua de lui. On lui demanda seulement de faire voir sa lumière et de ne pas la vendre plus de 50% plus cher que le pétrole. L’ingénieur organisa alors un bal, devant l’hotel de ville, paré de 20 lampes à incandescence, qui montrèrent aux habitant du bourg que « sa lumière était belle ». Le lendemain sa preuve était faite; il recueillit les abonnements des principaux boutiquiers; quelques jours après il signait son contrat avec le maire.

Il lui restait dès lors à créer les conditions pour produire cette électricité, car La Roche n’avait pas de chutes d’eau dignes de ce nom ! Il lui fallut donc créer la force motrice via un barrage sur le Foron, créant une hauteur d’eau de 17mètres, porcurant une puissance suffisante pour actionner une turbine puis une dynamo.

Cette centrale hydro-électrique, bien que petite sur son dimensionnement, fut la première à éclairer de manière indistincte public et privés dans cette petite commune savoyarde. En 2010, la commune célèbre ainsi le 125è anniversaire de son électrification.

A la fin de son exploitation, le barrage fut détruit pour que le Foron reprenne son lit naturel ; le site de l’usine a été ensuite repris et transformé en jardin profitant pour les cultures des alluvions accumulés. A ce jour, le bâtiment de l’usine est une habitation privée. Au pied des fondations de celle-ci subsiste deux petites pièces aveugles dans lesquelles étaient installées la dynamo et la turbine (dispersées depuis).

Ainsi va l’histoire de la Roche, qui n’est cependant pas la seule à se targuer d’être la première commune électrifiée de France (voire d’Europe). Une petite recherche sur Internet nous donne le classement suivant :

1882 : Lausanne (CH)
1883 : Vizille (38)
1884 : Bellegarde (01)
1885 : La Roche-sur-Foron (74)
1886 : Bourganeuf (23), Saint-Philbert-sur-Risle (27)
1893 : Saint-Martin-Vésubie (06)
1896 : Montceau-sur-Oise (02)
1897 : Abriès (05)
1902 : Lélex (01)
1907 : Ristolas (05)

Mais il semble pourtant que La Roche soit la première à fournir autant la lumière publique que celle des particuliers !

++ La Roche sur Foron

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