La première usine marémotrice du monde !

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Un peu d’histoire

L’idée d’utiliser les marées comme source d’énergie ne date pas d’hier ! Les nombreux moulins de Hollande ou encore ceux à l’époque installés sur la Rance en Bretagne en témoignent. Pourtant au début du siècle, l’idée d’un ouvrage d’envergure utilisant les marées pour produire de l’énergie, à l’embouchure du fleuve côtier de la Rance fait son chemin. Faute de financement, le projet est avorté en 1930. En 1943, la Société d’Etude pour l’Utilisation des Marées (SEUM)  se penche à nouveau sur le projet, et fournit les premières études visant à la conception d’une usine marémotrice. Il est alors décidé qu’elle serait installée entre Dinard et Saint Malo, en raison des contraintes techniques liées à un tel ouvrage. En effet, pour accueillir une telle installation, le site doit avoir un marnage (différence entre marée haute et marée basse) important, environ 10 à 15 m – avec un minimum de 5 m  pour que cela soit économiquement viable. Il doit y avoir une baie pouvant contenir beaucoup d’eau à marée haute, et l’installation ne doit pas modifier la résonance des marées mais la réguler (oscillation régulière des niveaux d’eau de la vitesse et de la direction des courants marins). L’estuaire de la Rance remplit toutes ces conditions ! Les travaux ne commenceront cependant qu’en 1961, pour s’achever en 1966.

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L’usine en quelques chiffres

Pour produire de l’énergie à partir des marées, EDF a du, à l’époque,  mettre en place de nouvelles turbines capables de fonctionner dans les deux sens ! L’usine est ainsi capable de fonctionner à marée montante, comme à marée descendante. Dotée de 24 turbines « mastodontes » de 5,3 m de diamètre, l’usine fonctionne simplement : lorsque la marée a atteint son plus haut niveau, les vannes sont fermées. On attend alors que la mer ait suffisamment baissé de façon à obtenir une certaine hauteur de chute entre le niveau de bassin et le niveau de la mer, ce qui donnera d’autant plus d’énergie.

turbine rance

En novembre 2006, l’usine marémotrice a célébré sa quarantième année d’exploitation. Les 24 turbines de la Rance ont fait preuve d’une remarquable fiabilité et ont fonctionné sans incident ni panne pendant 160 000h (constituant la base de la technologie de ce qui se fait aujourd’hui dans les usines équivalentes) Elle a aussi produit 16 milliard de kWh au prix de 18,5 centimes le Kwh, un prix très compétitif et inférieur à la moyenne des coûts de production d’EDF (20 centimes pour une centrale nucléaire).

L’usine de la Rance a ainsi produit 91% de l’énergie électrique marémotrice mondiale et reste l’unique usine marémotrice au monde de taille industrielle. Elle contribue à un peu moins de 60 % de la production électrique de la Bretagne (qui ne produit cependant que 5 % de l’électricité qu’elle consomme), le reste est importé des régions voisines, principalement d’origine nucléaire. Au final, l’usine de la Rance produit l’équivalent de 3,5% de l’énergie électrique consommée dans les 4 département bretons, ce qui correspond à l’énergie consommée par la ville de Rennes et de son agglomération !

Ecosystème : un equilibre fragile

Si le projet reste un modèle à la fois technique et économique, il faut toutefois noter que l’ouvrage a modifié sensiblement les écosystèmes de l’ancien estuaire ! La barrage constitué par l’usine a engendré l’envasement progressif de l’estuaire, et la faune aquatique a complètement changé, étant donné que les plus grosses espèces n’étaient plus capables de passer à travers les turbines.

Par ailleurs, ce qui était autrefois un savant mélange d’eaux douces et d’eaux salées est en fait aujourd’hui devenu un lac d’eau douce, changeant de fait les espèces présentes. La Rance est ainsi balayée de flux et de reflux artificiels, suivant les besoins de l’usine, provoquant le mécontentement des pêcheurs riverains.

La présence du bassin de retenue et les marées artificielles favorisent une forte décantation qui pourrait aller jusqu’à un phénomène de poldérisation (transformation d’une région en terre gagnée sur la mer endiguée et mise en valeur).

Une fois de plus, sans avoir de dommages majeurs sur les écosystèmes, on voit que ces projets d’envergure, installés dans des écosystèmes remarquables reposent sur des équilibres fragiles ! Voyez un peu le reportage de l’époque qui remet bien en perspective les efforts fournis au regard de la réussite du projet !

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