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L’eau des fonds marins climatise un hôtel

En 2006, l’hotel Intercontinental de Bora Bora (Thalasso et spa) a été le premier à tester grandeur nature un procédé de climatisation à l’eau de mer. Le procédé appelé « SWAC » pour Sea Water Air Conditioning est incroyablement simple : l’eau de mer pompée à grande profondeur passe par un échangeur thermique en titane et refroidit un circuit secondaire d’eau douce qui alimente en eau froide tous les locaux à climatiser. L’eau de mer, à la sortie de l’échangeur Thermique, est tout simplement renvoyée à l’océan.

L’échangeur se présente ainsi comme un millefeuille de plaques en titane alvéolées. L’eau de mer circule sur une des faces de ces plaques, qui se refroidissent à son passage. De l’autre côté, c’est l’eau douce du circuit secondaire qui circule dans les alvéoles et qui est refroidie par contact.

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conduite en attente d'immersion

« Les eaux froides profondes, d’origine polaire qui tapissent tout le plancher océanique, sont une ressource précieuse, inexploitée et ignorée », explique Raymond Zaharia, ancien responsable de programme au sein du Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) et membre du Club des Argonautes.

« La première réserve d’énergie solaire du monde est l’océan tropical. C’est cette énergie qui, avec la rotation de la Terre, met en mouvement les grands courants de bord ouest, comme le Gulf Stream ou le Kuro Shio (qui coule dans le Pacifique au large du Japon). Un courant marin comme le Gulf Stream après le Cap Hatteras, représente plus de 90 millions de m3/ seconde, soit près de cent fois le débit de tous les fleuves du monde. Cela correspond aussi à une énergie transportée de l’Equateur vers le pole Nord comparable à celle que fourniraient chaque seconde 1 million et demi de centrales électriques d’une capacité de 1 200 MW ».

Cette phénoménale énergie potentielle a souvent été écartée pour des raisons économiques « C’est une erreur, car si l’on se décide enfin à considérer les externalités que comporte en général, toute production industrielle… les ERMs (Energies Renouvelables Marines), seront parmi les plus compétitives », selon l’expert.

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La mise en place de ce système à Bora Bora a permis de valider techniquement le procédé. Côté avantages, nous pouvons noter une efficacité sans pareille au niveau de cette clim « naturelle », puisque le système a permis d’économiser 90% des dépenses énergétiques sur ce poste, soit 2,5 millions de litres de fuel/an et autant de gaz à effet de serre en moins. De quoi faire réfléchir les zones touristiques des iles paradisiaques qui dépensent des fortunes en énergie pour faire tourner les clims nécessaires au confort des touristes, là ou les ressources énergétiques sont souvent absentes. Par ailleurs, plus besoin avec le SWAC d’utiliser les fluides frigorigènes, omniprésents dans les systèmes de climatisation traditionnels, très impactants au niveau de l’empreinte carbone et qui nuisent à la couche d’ozone.

Mais face à ces avantages viennent forcément quelques inconvénients… Tout d’abord, la nécéssité d’avoir des eaux profondes à proximité, ce qui limite les zones d’implantation de tels systèmes. En effet, pour aller chercher une eau entre 3 et 6°C (nécessaire à l’efficacité du système), il faut plonger à une profondeur moyenne de 66 mètres (et souvent beaucoup plus : jusqu’à 1000m) ce qui n’est pas à la portée de tous les fonds marins ! Ensuite, vient le dimensionnement de l’installation, car les coûts de mise en place des tuyaux et du système doivent être justifiés par des installations d’envergure. Il serait contre productif d’installer un tel système pour climatiser une simple maison !

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Pour autant, après l’expérience probante de l’hotel Intercontinental, d’autres projets se sont mis en place en 2009. Plus récemment, c’est la ville d’Honolulu à Hawaï qui a lancé un projet d’envergure destiné à climatiser tout le centre ville, et qui devrait entrer en fonctionnement en 2012.

Utilisant le même système, l’île Maurice se prépare à accueillir la première centrale de refroidissement de données informatiques du monde. Ce « Green Data Center » s’étendra sur 10 000 m2 et pompera de l’eau jusqu’à 1 000 mètres de profondeur.

A travers le monde, le SWAC a clairement fait ses preuves tant sur le plan économique qu’énergétique. Reste à convaincre des investisseurs et des pays hôtes que leurs mers regorgent d’une énergie exceptionnelle !

++ Un article détaillé du club des argonautes

++ Hotel Intercontinental Bora Bora (pour rêver un peu)

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