Des éruptions volcaniques programmées pour ralentir le réchauffement climatique.

L’idée, détaillée par un trio de scientifiques de l’environnement dans un éditorial de la revue Nature, serait potentiellement moins onéreuse que de forcer l’industrie à réduire les émissions de carbone.

Le concept derrière la proposition suggère que les scientifiques pourraient reproduire les particules lancées dans l’atmosphère lors des éruptions volcaniques car il est connu depuis longtemps que les grandes éruptions font temporairement baisser  la température de la planète en bloquant les rayons du soleil. Selon eux, et d’autres avant eux – on retrace le concept jusqu’à l’URSS dans les années 70 – les hommes peuvent simuler cet effet d’une façon contrôlée pour endiguer l’augmentation des températures.

Ces scientifiques estiment le coût de départ à environ 7 millions d’euros. Ce montant augmenterait progressivement, jusqu’à 800 millions d’euros en 2020.

Tout cela me paraissait un peu trop extrême pour être bon. C’est pourquoi j’ai demandé à Nicolas de demander l’avis d’un spécialiste de Météo France, Patrick Gallois. Voici l’interview.

FLPA :  Que pensez-vous de l’idée générale de simuler des éruptions pour faire baisser la température ?

PG : Cela me semble farfelu et dangereux. C’est un mal pour un mal, je n’en vois pas vraiment l’utilité, d’autant plus que les éruptions volcaniques, si elles ont effectivement un effet sur le climat, n’ont qu’un effet temporaire, quelques années, deux ans en général. Il faudrait renouveler ça régulièrement et je pense que cela aurait d’autres impacts négatifs qui seraient pires que les effets positifs recherchés. La meilleure méthode, et la plus écologique, de lutter contre le réchauffement climatique, c’est simplement de dégager moins de gaz carbonique dans l’atmosphère. C’est la solution la plus raisonnable. Là, on rajoute de la pollution à la pollution.

Que constate-t-on lors des grandes éruptions ? Quelle est l’incidence sur le climat ?

Des particules sont émises dans la haute atmosphère, des particules soufrées qui font le tour de la planète et qui retombent un peu partout. Dans un premier temps, ces particules forment une sorte d’écran au rayonnement solaire, c’est pour cela que les températures baissent. Il y a un impact local assez fort au moment de l’éruption, mais après cet impact se disperse sur l’ensemble de la planète, en tous cas pour les éruptions les plus fortes comme celle du Pinatubo.

Qu’est-ce qui vous fait penser, je sais que vous n’avez pas lu la publication scientifique, que cela serait plus dommageable qu’autre chose pour l’environnement ?

Cet impact là existe déjà du fait de nos industries, qui émettent des particules qui ont le même effet dans l’atmosphère. Nous essayons de diminuer cet écran qui bloque la lumière du soleil. Il serait donc absurde d’essayer de faire l’inverse, artificiellement, alors que nous essayons d’avoir des industries plus propres pour que cet impact soit plus faible. On parle souvent des gaz à effet de serre, qui bloquent la chaleur près du sol, mais parallèlement à cela, il y a des particules de type industriel qui ont plutôt pour effet de faire un écran par rapport aux rayonnements du soleil. Un peu comme les particules liées aux éruptions volcaniques. Nous avons diminué ces émissions pour diminuer la pollution atmosphérique. Il n’y aurait donc aucune logique à compenser cela en émettant d’autres particules de ce type. Ces particules sont nocives, ce sont des polluants.

Pourquoi est-il nocif, selon vous, de bloquer la lumière du soleil de quelques pour cent supplémentaires ?

A mon avis, c’est jouer aux apprentis sorciers. Le soleil est tout de même la source de vie de la terre. Si l’on commence à faire des sortes de filtres, je ne sais pas dans quel engrenage on se met. Cela peut avoir des conséquences que l’on ne maîtrise pas du tout. Je suis tout de même assez sceptique. Ce n’est pas la manière la plus efficace ou la plus environnementale de lutter contre le réchauffement climatique.

Vous voulez dire que cela pourrait dérégler le climat d’un façon que l’on ne pourrait pas prévoir ?

Tout à fait. On met le doigt dans un engrenage, et l’on ne sait pas où il nous emmène. On peut créer d’autres dérèglements, on ne sait pas si ces particules ne vont pas se concentrer dans certains endroits… En plus il faudrait que ce soit une politique concertée internationalement, dérivée d’un accord entre les Etats. Cela me paraît un peu utopique.

Crédits photo : www.opbelisi.com

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