
Au bord de la catastrophe
On le pressentait depuis plusieurs années : le réchauffement climatique s’emballe, le dérèglement climatique aussi. Les hypothèses les plus pessimistes du GIEC sont dépassées. Si l’on continue sur le même rythme, on va prendre 6° d’ici à 2100. Six degrés, ça n’a l’air de rien, mais c’est la fin de l’espèce humaine.
L’espoir
Au début du sommet de Copenhague, l’espoir est énorme. On se dit : enfin, le monde se réunit et fait face à la catastrophe. Les Etats-Unis annoncent un plan de réduction, disent qu’ils veulent faire plus, déclarent les gaz à effets de serre comme nocifs pour la santé. L’Europe, la bonne élève, arrive avec un plan ambitieux : Brown, Merkel, Sarkozy, les poids lourds sont bien décidés à sortir avec un accord historique. La Chine, qui traînait des pieds, annonce un plan de réduction. On y est presque. Le secrétaire général des Nations-Unies prédit dans les médias un accord historique.
L’habituel jeu de dupes
Et puis ça retombe. On se rend vite compte, au bout de la première semaine, que tout le monde essaie de prendre avantage de tout le monde. Quand on les analyse, les plans des pays riches se révèlent insuffisants, ou totalement indécents. On ment à tire larigot, la main sur le cœur. La Chine et l’Inde annoncent des plans ambitieux de réduction, et puis on s’aperçoit que ce sont des supercheries, avec comme star la nouvelle escroquerie du moment, l’intensité carbone.
Le scandale de l’intensité carbone
Précisément, on définit l’intensité carbone par le total des émissions générées pour produire l’équivalent d’un dollar. La Chine annonce qu’elle diminuera ce ratio de 45%. Mais comme l’économie chinoise est en surchauffe, quand on fait les comptes, on s’aperçoit qu’avec ce principe, la Chine aura doublé ses émissions dans vingt ans. C’est pas mal quand on est déjà le premier pollueur mondial. Certains délégués chinois vont même jusqu’à susurrer que ce sont les Etats-Unis, en délocalisant une partie de leur production industrielle chez eux, qui sont responsables de la nouvelle couronne de l’empire du milieu. Certains médias les écoutent. On nage en plein délire.
Parole de scout
Très vite également, les riches annoncent que la déclaration finale ne sera pas contraignante. Il n’y aura pas d’instance de vérification. L’Europe fait l’outrée, mais personne, à part Sarkozy, ne pousse vraiment en sens contraire. Quand on voit à quel point Kyoto, qui était un traité international, n’a pas été respecté, on comprend l’inquiétude des pays du Sud, qui jouent leur existence. Réponse, Chine en tête : pas question. Vous vous contenterez de notre parole. On sait, après des siècles d’histoire politique, ce qu’elle vaut.
Ferme-la et coule
Tuvalu, vous connaissez ? Une petite île sans importance, au milieu du Pacifique. Leur délégué a osé interrompre la séance en exigeant de limiter l’augmentation de la température à 1,5° au lieu des 2° que l’on prenait comme base des négociations. Et pourquoi ? Parce qu’à +2°, leur île sera sous l’eau. La présidente danoise de la conférence lui dit tout net : il n’y aura pas de limitation à 1,5°. En résumé : on s’en fout, coule. Un épisode qui a achevé de semer le doute chez les pays pauvres.
0,5 pour nous, 3,5 pour toi
Comme le disait un délégué africain, la donne est simple. Etant donné que les zones équatoriales seront les plus touchées par la hausse des températures, les pays du Sud, et notamment l’Afrique, prendront 3,5°, contre 0,5° pour nous. Avec ce scénario, le désert progresse, la production agricole s’effondre et les nappes phréatiques se vident encore plus. Pas de problème, répondent les pays riches, on te subventionnera. Allez, 10 milliards par an. Les africains crient au scandale. Okay, on augmente la subvention, dit l’Europe. En lisant le reste du document, on s’aperçoit que ces montants seront retirés de l’aide au développement. En bref, l’Afrique ne reçoit rien. Les délégués africains quittent le sommet.
Jusqu’au bout du pétrole
Les Etats-Unis arrivent, la gueule enfarinée, avec une proposition de réduction modeste au début (-5% par rapport à Kyoto), qui s’accélère dramatiquement dans les décennies suivantes. Oncle Sam n’en démord pas, il boira du pétrole jusqu’à la dernière goutte, jusqu’au peak oil. Obama ne doit même pas assister au dernier jour du sommet, puis, quand un accord semble possible, il annonce qu’il sera là. Quand les choses se corsent, on compte sur lui, auréolé de son Nobel, pour ramener tout le monde vers le bon sens le plus élémentaire. Mais la réalité est plus terne : la population américaine se contrefiche du réchauffement. Et Obama a d’autres chats à fouetter avec la réforme de son système de santé et deux guerres. Donc on en restera là : un accord au rabais sera mieux que pas d’accord. En recevant son prix, Obama disait que l’Amérique utiliserait son leadership pour faire progresser les causes justes. On s’aperçoit, une fois de plus, qu’il n’en est rien.
L’échec
Un accord à 27, non-contraignant, plein de platitudes du genre : « nous réalisons qu’il est urgent de réduire les émissions ». Une fois ce beau papier rédigé, les grands chefs d’Etat prennent leurs avions, et laissent en plan les 160 représentants des autres pays. Lula, le président du Brésil et celui de la Russie ont quitté le sommet encore plus tôt, ils ne seront même pas sur la photo de fin.
Pourquoi ?
Mais pourquoi, mon Dieu, n’arrivons-nous pas, même au bord de la catastrophe, à trouver un accord ? Au-delà de l’analyse, des déclarations et des prévisions, c’est la question qui m’a taraudée le plus longtemps. On sait que l’être humain n’est pas franchement altruiste, mais qu’il est capable de coopérer en cas d’urgence, ou pour atteindre un objectif. Comment un tel échec est-il possible ? J’ai posé la question à Michel Terestchenko, maître de conférences de philosophie à l’université de Reims et à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de philosophie politique (Les violences de l’abstraction, Philosophie politique) et de philosophie morale (Amour et désespoir, Un si fragile vernis d’humanité, banalité du mal, banalité du bien). Il a également publié Les Complaisantes : Jonathan Littell et l’écriture du mal, avec Edouard Husson et Du bon usage de la torture, ou comment les démocraties justifient l’injustifiable.
Pour lui, bien qu’un échec, Copenhague est un phénomène totalement nouveau :
Terestchenko poursuit en parlant d’une prise de conscience inédite :
Toujours selon lui, le problème n’est pas un manque d’altruisme, mais l’absence d’un « égoïsme commun » :
Finalement, l’enjeu principal, c’est la représentation, la prise de conscience mondiale de l’urgence, avant la catastrophe :
Faire le meilleur avec le pire
Il nous revient donc à nous, les enfants des baby-boomers, la génération la plus néfaste de toute l’histoire pour l’environnement, la génération de tous les reniements, de remettre tout à plat, de créer de nouvelles valeurs. Complètement opposées à celles que l’on nous a enseignées.
J’avoue que je m’en serais bien passé.








Excellent article, merci !
J’ai participé au concours de blogging de Copenhague.
J’ai pu échanger avec des personnes du monde entier.
Je suis arrivé à la conclusion que ce sommet ne puovait pas aboutir.
Les pays « riches » traversent une crise économiques hyper grave et c’est à ce moment que les pays pauvres leur demandent de payer … pour le rendement que l’on sait comme d’habitude!
Le seul objectif viable:
Augmenter la production d’énergie par des énergies renouvelables à raison de 3% de plus chaque année.
(3% du total consommé = en 30 ans = 90%!)
Du coup on crée un marché et les industriels se lancent à l’assaut du marché.
A ce jeu l’Afrique est le continent le plus riche du monde!
Pas question de les aider!!!
ETC ….
Il suffit de changer de regard!
Et oui Irisyak, ce n’est pas si difficile. Mais j’ai comme l’impression qu’il faudra regarder la catastrophe dans le blanc des yeux pour qu’on s’y mette….